Category Archives for "Les protocoles médicaux"

Les protocoles sont des règlements internes n’ayant pas force de loi. Ils devraient répondre aux dernières avancées de la science, ce qui est loin d’être le cas pour tous. Cela s’explique en partie par l’habitude – jamais remise en question – des actes faits en routine et des pratiques non évaluées, mais aussi par une gestion orientée vers la rentabilité du service.

Il ne faut pas couper le cordon trop tôt !

 

Avant de présenter deux études sur la nécessité de ne pas couper le cordon avant qu’il n’ait cessé de battre, je tiens à préciser que l’idée selon laquelle « le père, en coupant le cordon, sépare la mère de l’enfant » est fausse. En effet, par ce geste il ne fait que séparer l’enfant de son placenta.

J’ouvre donc une parenthèse en citant le début de l’émission « La matinée des autres » dans laquelle Martine Baude s’était intéressée en 1982 aux rituels et croyances qui entourent la naissance. L’intitulé était : « Placenta : Le compagnon des profondeurs ». Je me dis que c’est probablement en comprenant la place essentielle du placenta que l’on pourra avoir de l’empathie pour ce cordon, et le respecter dans sa fonction jusqu’à ce qu’il ait terminé sa mission.

Si l’on se posait deux minutes dans une réflexion de bon sens, la réponse serait évidente. Mais puisque nous voulons des études scientifiques pour valider notre intuition, voici ci-dessous quelques preuves pour l’étayer. Et malheureusement, malgré cela, de nombreux nouveaux-nés ne bénéficient encore pas des dernières données acquises de cette fameuse science…

Sophie Gamelin-Lavois

« Dans notre culture on considère le placenta comme un déchet qu’on élimine rapidement après la naissance. On ne sait pas trop, du reste, à qui il appartient. On ne sait pas trop. Pas plus ce qu’il devient dans les maternités. Pourtant, ce même déchet était autrefois fortement valorisé. L’Europe traditionnelle le considérait comme le double du nouveau-né. Cette croyance, se retrouve encore maintenant, bien loin de l’Europe, en Afrique noire, où le placenta représente le jumeau, le petit frère de l’enfant.

C’est qu’au-delà de la vie utérine, il semble garder tous ses pouvoirs sur la vie. De nombreux rites assurent symboliquement sa survie. Rites liés à la terre, à l’eau. Quels sont ces rites ? Pourquoi notre société actuelle a t-elle refoulé ce compagnon des profondeurs dans l’oubli et dans les poubelles ? À ces questions répondent : Nicole Belmont (ethnologue française) Germaine Dieterlen (ethnologue africaniste) Michel Odent (obstétricien) Bernard This (psychanalyste). »


1. Ne pas couper trop vite le cordon
Lost causes, side effects. GM Morley. BMJ 2001 ; 323 : 1389.

A propos d’une étude parue dans ce numéro du BMJ (Effects of iron supplementation and anthelmintic treatment on motor and language development of preschool children in Zanzibar: double blind, placebo controlled study. Stolzfus et al), et ayant constaté un risque plus élevé de problèmes neurologiques chez les enfants souffrant d’anémie, l’auteur expose ce qu’il a constaté pendant sa carrière d’obstétricien.

L’hypoxie néonatale peut induire très rapidement des dommages neurologiques irréversibles. A la naissance, l’oxygénation continue du nouveau-né est assurée par le placenta jusqu’au moment où les poumons de l’enfant prendront le relais ; lorsque ce sera fait, les vaisseaux du cordon se fermeront (réaction réflexe). Trop souvent encore, on coupe le cordon dès que l’enfant est né. Cela induit une hypoxie immédiate chez l’enfant ; de plus, cela empêche l’enfant de recevoir le sang du placenta, et augmente le risque d’hypovolémie ; cela favorisera la survenue d’une anémie chez l’enfant, qui à son tour favorisera la survenue de problèmes neurologiques. L’auteur se pose des questions sur les procédures obstétricales subies par les enfants enrôlés pour l’étude de Stolzfus.

Le fait d’attendre la fermeture spontanée des vaisseaux sanguins du cordon permet à l’enfant de bénéficier d’un apport sanguin optimal pour sa santé.

Cela n’induit ni une hypervolémie, ni un ictère pathologique, ni une hyperviscosité, ni une polycythémie, comme certains l’ont affirmé. Toutes les études sérieuses sur le sujet concluent à la nocivité de la section précoce du cordon, qui est responsable d’hypoxie, d’ischémie, d’encéphalopathies éventuellement mortelles, de paralysie spastique, d’anémie, ou de troubles neurologiques mineurs apparaissant à long terme.


2. Ne pas clamper trop tôt le cordon
Current best evidence : a review of the literature on umbilical cord clamping. JS Mercer. J Midwifery Womens Health 2001 ; 46(6) : 402-14.

L’auteur a passé en revue toute la littérature médicale publiée entre 1980 et 2001 sur l’impact du délai qui s’écoule entre la naissance et entre le moment où le cordon est coupé.

9 études portant sur 531 enfants répondaient aux critères de sélection de cette analyse. Pour ces études, le temps écoulé entre l’accouchement et la section du cordon allait de 3 mn à jusqu’au moment où il n’y avait plus de pulsations dans le cordon. Les enfants chez qui la section du cordon avait été tardive ne présentaient pas un taux plus élevé de polycythémie ou d’ictère. Ces enfants avaient aussi une prévalence plus basse d’anémie, et le taux d’allaitement était plus élevé à 2 mois.

Dans 7 études randomisées portant sur des prématurés, les avantages d’une section tardive du cordon (lorsqu’il avait cessé de battre) étaient encore plus net : les enfants avaient un hématocrite et un taux d’hémoglobine plus élevé, une pression sanguine plus stable, un meilleur volume sanguin, une adaptation cardio-pulmonaire plus rapide ; ils avaient besoin d’une oxygénation et d’une ventilation assistée pendant moins longtemps que les enfants chez qui le cordon avait été coupé rapidement, et ils ont nécessité moins de transfusions.

Couper immédiatement le cordon à la naissance peut abaisser de 50% la quantité de globules rouges reçue par l’enfant, et induire un certain nombre de problèmes à court et à long terme.

Certains estiment qu’il est dangereux d’attendre que le cordon cesse de battre pour le sectionner ; ce point de vue n’est pas corroboré par les faits. Que ce soit chez les enfants à terme ou chez les prématurés, aucun inconvénient n’a été rapporté qui puisse être imputé à la section tardive du cordon.


✂️ « Sans que personne ne songe à faire autrement, le cordon ombilical est couramment clampé puis coupé peu après la sortie du bébé, alors même qu’il bat encore.

😳 Une sage-femme témoigne à ce sujet : une fois, alors que j’accompagnais un couple en maternité – ayant accès à un plateau technique – je n’ai même pas eu le temps de dire quoi que ce soit : le cordon était déjà coupé !

🔎 Vouloir séparer l’enfant de sa mère est une habitude tenace ; pourtant en coupant, on ne fait que séparer le bébé de… son placenta !

Ne pas couper le cordon avant qu’il n’ait cessé de battre devrait être la norme !

👶🏻 De nombreuses études médicales soulignent d’ailleurs l’intérêt de retarder ce geste pour une meilleure oxygénation du bébé (…). Il est même possible d’attendre (…) et de ne le couper qu’après la sortie du placenta, sauf si le cordon est vraiment trop court pour que la maman puisse prendre son petit dans les bras ou le mettre au sein.

💡Cela n’est en rien dangereux pour la mère et est surtout bénéfique au bébé, qui s’adapte tranquillement à la vie aérienne sans forcément hurler. Il est donc dommage que cette pratique systématique soit si peu remise en question. »

Extrait du livre La naissance autrement, Sophie Gamelin-Lavois, éditions Jouvence, pages 100-101. Dans ce livre je liste tous les protocoles médicaux et leur pertinence, comment les aménager. Un livre utile pour préparer son projet de naissance.


Il est non seulement possible d’attendre que le cordon ait cessé de battre pour le clamper et le couper, mais on peut aussi attendre que le placenta soit aussi, comme l’illustre cette magnifique vidéo.

Même si je pense que l’on n’a pas forcément besoin d’un savoir encyclopédique pour considérer l’importance d’attendre que la nature fasse son job avant que l’on intervienne toujours, voici une liste de ressources intéressantes :

Ce qu’en dit l’OMS
Clampage du cordon pour la prévention de l’anémie ferriprive chez les nourrissons : moment optimal. (Source)

« Au moment de la naissance, le nouveau-né est encore relié à sa mère par le cordon ombilical, qui fait partie du placenta. Pour détacher le nouveau-né du placenta, on clampe généralement le cordon ombilical, avant de le couper.

Un clampage est généralement considéré comme précoce s’il est effectué dans les 60 premières secondes après la naissance, tandis qu’il est considéré comme tardif lorsqu’on laisse passer plus d’une minute après la naissance ou quand on attend que les pulsations cessent à l’intérieur du cordon avant de le clamper.

Retarder le clampage du cordon permet de maintenir la circulation du sang entre le placenta et le nouveau-né, ce qui peut améliorer le bilan en fer du nourrisson jusqu’à six mois après la naissance. Ceci peut être particulièrement important pour les nourrissons qui vivent dans des pays pauvres où l’accès aux aliments riches en fer est plus difficile.

Un clampage tardif du cordon ombilical (environ une à trois minutes après la naissance) est recommandé pour toutes les naissances (…). Un clampage précoce du cordon (moins d’une minute après la naissance) n’est pas recommandé à moins que le nouveau-né ne s’asphyxie et ne doive être transporté en réanimation. »

Ce qu’en dit un mémoire de fin d’étude de 2015

Seulement 5% des sages femmes du CHU de Angers, par exemple, pratiquent le clampage tardif malgré les recommandations. Elles n’en avaient pour la plupart pas connaissance 😳 ! (Source)

Alors n’hésitez pas à poser cette demande dans votre projet si vous souhaitez que le cordon ne soit pas clampé avant qu’il n’ait cessé de battre. Ce n’est pas encore une pratique courante en routine !

Une autre document de l’OMS
recommande désormais d’intégrer le clampage tardif du cordon aux soins néonatals essentiels et à la prise en charge de la délivrance, car les anciennes recommandations n’était pas claires. (Source)

« Clampage tardif du cordon ombilical : obstacles théoriques et inquiétudes
Ictère (jaunissement des yeux et de la peau) nécessitant une photothérapie : Les études montrent que le risque d’ictère chez les bébés ayant bénéficié d’un clampage tardif du cordon n’est que de 4.36 %, contre 2.74 % chez les bébés ayant eu un clampage précoce. Il n’y a pas d’augmentation du risque d’ictère sévère. »

« Les effets bénéfiques du clampage tardif du cordon ombilical chez le nouveau-né.
Augmentation des réserves en fer à la naissance et diminution de l’anémie infantile : Les études mettent en évidence une réduction de 61 % du taux d’anémie nécessitant une transfusion sanguine en cas de clampage tardif du cordon. »

La liste des effets bénéfiques est listée comme suit pour les prématurés : augmentation des réserves en fer à la naissance et diminution de l’anémie infantile ; diminution du taux d’hémorragie intraventriculaire ; diminution du taux d’entérocolite nécrosante. Et : diminution du taux d’infection néonatale ; diminution des besoins en transfusion sanguine.

Donc on peut logiquement déduire que ce qui est bon pour les prématurés ou des bébés de pays défavorisés l’est aussi pour ceux nés à terme et dans d’autres pays. La physiologie a sa raison d’être et l’homme veut toujours l’explication scientifique. Mais la réalité est qu’un cordon cesse de battre quand le bébé est complètement autonome. Il prend son temps. Quelques minutes de respect, c’est juste … respecter la venue au monde …

Un audit de pratique au CHU de Nantes en 2016
sur le clampage retardé du cordon, incluant une séance de formation (Source) résume :

« Alors que des études randomisées et des méta-analyses ont prouvé que le clampage retardé du cordon ombilical apportait des bénéfices certains aux nouveau-nés quel que soit leur âge gestationnel, la pratique au sein du CHU de Nantes semblait peu importante. Un audit de pratique a donc été réalisé avant et après une séance de formation qui correspondait à la mise en place d’une nouvelle procédure en salle de naissance du CHU de Nantes. Cet audit concernait les sages-femmes travaillant en salle de naissance.

La nouvelle procédure impliquait la généralisation du clampage retardé du cordon à tous les nouveau-nés avec une bonne adaptation à la vie extra- utérine et n’étant pas issus d’une grossesse gémellaire monochoriale. L’étude à montré que la pratique et la connaissance de ses modalités étaient plus importantes après la séance de formation notamment chez les nouveau-nés à terme qui n’était pas inclus dans l’ancienne procédure. Les bénéfices et les contre-indications présentés par cette procédure n’ont quant à eux été retenus qu’en partie.

L’évaluation objective de la pratique a montré qu’une amélioration des pratiques était toujours possible notamment en ce qui concerne les nouveau-nés prématurés. Il serait intéressant de réévaluer les pratiques à distance pour voir si le taux de pratique persiste et pour étudier la pratique lors des naissances par césarienne. »


Il est aussi possible de ne pas couper le cordon du tout. Voici un extrait du livre Ma grossesse bio et naturelle* écrit par Marie Touffet, sage-femme :

« Un bébé lotus est un bébé dont le cordon ombilical n’a pas été coupé à la naissance. Votre bébé reste attaché à son placenta. Le procédé de séparation reste le même physiquement parlant : le cordon de votre bébé se sèche, fonce et après quelques jours se sépare du corps de votre bébé, laissant une petite plaie qui se cicatrise très rapidement.

Le seul autre mammifère connu pour cette pratique est le chimpanzé. En 1974, une Américaine du nom de Clair Lotus Day fut interpellée par ce rituel et trouva un médecin acceptant de le faire pour son bébé. Depuis, la pratique s’est répandue dans les pays anglo-saxons et a même été vécue en France.

Elle permet à la naissance d’être physiologique jusqu’au bout. C’est le bébé qui décide lorsqu’il veut se séparer de cet organe qui l’a fait vivre. Les bébés lotus seraient plus entiers, plus indépendants et plus calmes. Cette pratique encourage le repos durant les premiers jours, même s’il est tout à fait possible de déplacer son bébé et son placenta. »

*Ed. Eyrolles, nov. 2008. Extrait p. 157. n novembre 2009, l’éditeur a choisi de réunir « Ma grossesse bio et naturelle » et « Maman bio » sous un titre unique : « Ma grossesse, mon bébé bio ».

Les soins liés à un accouchement normal (OMS)

Umfrage / Beurteilung

Cet extrait du guide pratique « Les soins liés à un accouchement normal », de l’Organisation Mondiale de la Santé édité en 1997, présente une classification des pratiques utilisées pendant un accouchement normal.

Le chapitre distingue quatre catégories de pratiques courantes dans la conduite d’un accouchement normal, selon leur utilité, leur efficacité et leur nocivité.

La classification reflète les vues du groupe de travail technique sur l’accouchement normal. Les raisons de cette classification ne sont pas exposées ici. Le lecteur est renvoyé aux chapitres précédents qui sont le résultat de la réflexion et des débats du groupe de travail, et qui reposent sur les meilleures preuves actuellement disponibles. Les numéros des chapitres sont indiqués entre parenthèses et accessibles dans le dossier complet.

CATEGORIE A : Pratiques dont l’utilité peut être démontrée et qu’il convient d’encourager

  1. Plan individuel déterminant où et avec l’aide de qui l’accouchement se déroulera, établi avec la femme pendant la grossesse, et communiqué au mari/partenaire et, le cas échéant, à la famille (1.3)
  2. Evaluation des risques liés à la grossesse pendant les soins prénatals, et réévaluation à chaque contact avec le système de santé et au moment du premier contact avec le dispensateur de soins pendant le travail, et jusqu’à la fin du travail (1.3)
  3. Surveillance du bien-être physique et émotionnel de la femme pendant tout le travail et l’accouchement, et à l’issue du processus de la naissance (2.1)
  4. Boissons proposées à la parturiente pendant le travail et l’accouchement (2.3)
  5. Respect du choix éclairé de la femme quant au lieu de la naissance (2.4)
  6. Fourniture de soins pour le travail et l’accouchement au niveau le plus périphérique où l’accouchement soit possible et sûr et où la femme se sente en sécurité et en confiance (2.4, 2.5)
  7. Respect du droit de la femme à l’intimité sur le lieu de l’accouchement (2.5)
  8. Soutien empathique des dispensateurs de soins pendant le travail et l’accouchement (2.5)
  9. Respect du choix fait par la femme des compagnons présents pendant le travail et l’accouchement (2.5)
  10. Fourniture aux femmes de toutes les informations et explications qu’elles souhaitent (2.5)
  11. Méthodes non traumatiques et non pharmacologiques pour soulager la douleur pendant le travail comme des massages et des techniques de relaxation (2.6)
  12. Surveillance fœtale avec auscultation intermittente (2.7)
  13. Usage unique des matériels jetables et décontamination appropriée du matériel à usage multiple pendant tout le travail et l’accouchement (2.8)
  14. Utilisation de gants pour le toucher vaginal, pendant l’expulsion du bébé et pour la manipulation du placenta (2.8)
  15. Liberté de choisir la position et de bouger pendant tout le travail (3.2)
  16. Encouragement à choisir une position autre que dorsale pendant le travail (3.2, 4.6)
  17. Surveillance attentive de l’évolution du travail, par exemple au moyen du partogramme de l’OMS (3.4)
  18. Administration prophylactique d’ocytocine au troisième stade du travail chez les femmes présentant un risque d’hémorragie de la délivrance, ou qu’une spoliation sanguine même légère peut mettre en danger (5.2, 5.4)
  19. Stérilité des instruments utilisés pour sectionner le cordon (5.6)
  20. Prévention de l’hypothermie du bébé (5.6)
  21. Contact dermique précoce entre la mère et l’enfant et encouragement à commencer l’allaitement au sein dans l’heure qui suit la naissance, conformément aux directives de l’OMS sur l’allaitement au sein (5.6)
  22. Examen systématique du placenta et des membranes (5.7)

CATEGORIE B : Pratiques qui sont à l’évidence nocives ou inefficaces et qu’il convient d’éliminer

  1. Recours systématique au lavement (2.2)
  2. Rasage systématique du pubis (2.2)
  3. Infusion intraveineuse systématique pendant le travail (2.3)
  4. Pose systématique de canules intraveineuses à titre prophylactique (2.3)
  5. Utilisation systématique de la position dorsale pendant le travail (3.2, 4.6)
  6. Toucher rectal (3.3)
  7. Utilisation de la radiopelvimétrie (3.4)
  8. Administration d’ocytociques à tout moment avant l’accouchement de façon que leurs effets ne puissent être maîtrisés (3.5)
  9. Utilisation systématique de la position gynécologique avec ou sans étriers pendant le travail (4.6)
  10. Efforts de poussée soutenus et dirigés (manœuvre de Valsalva) pendant le deuxième stade du travail (4.4)
  11. Massage et étirement du périnée pendant le deuxième stade du travail (4.7)
  12. Utilisation de comprimés oraux d’ergométrine au troisième stade du travail pour prévenir ou arrêter une hémorragie (5.2, 5.4)
  13. Administration systématique d’ergométrine par voie parentérale au troisième stade du travail (5.2)
  14. Lavage utérin systématique après l’accouchement (5.7)
  15. Révision utérine systématique (exploration manuelle) après l’accouchement (5.7)

CATEGORIE C : Pratiques sur lesquelles on ne dispose pas de preuves suffisantes pour les recommander fermement et qu’il convient d’utiliser avec précaution tandis que les recherches se poursuivent

  1. Méthodes non pharmacologiques utilisées pour soulager la douleur pendant le travail, comme les plantes, l’immersion dans l’eau et la stimulation nerveuse (2.6)
  2. Amniotomie précoce systématique pendant le premier stade du travail (3.5)
  3. Pression sur le fond utérin pendant le travail (4.4)
  4. Manœuvres visant à protéger le périnée et à gérer la tête du fœtus au moment du dégagement (4.7)
  5. Manipulation active du fœtus au moment de la naissance (4.7)
  6. Administration systématique d’ocytocine, tension légère sur le cordon, ou combinaison des deux pendant le troisième stade du travail (5.2, 5.3, 5.4)
  7. Clampage précoce du cordon ombilical (5.5)
  8. Stimulation du mamelon pour augmenter les contractions utérines pendant le troisième stade du travail (5.6)

CATEGORIE D : Pratiques fréquemment utilisées à tort

  1. Interdiction d’absorber aliments et liquides pendant le travail (2.3)
  2. Traitement de la douleur par des agents systémiques (2.6)
  3. Traitement de la douleur par l’analgésie épidurale (2.6)
  4. Monitorage électronique du fœtus (2.7)
  5. Port de masques et de gants stériles par la personne aidant à l’accouchement (2.8)
  6. Touchers vaginaux répétés ou fréquents, spécialement par plusieurs dispensateurs de soins (3.3)
  7. Accélération par l’ocytocine (3.5)
  8. Transfert systématique de la femme en travail dans une autre pièce au début du deuxième stade (4.2)
  9. Sondage de la vessie (4.3)
  10. Encouragement à pousser dès le diagnostic de dilatation complète ou presque complète du col, avant que la femme éprouve elle-même le besoin de pousser (4.3)
  11. Observance stricte d’une durée stipulée pour le deuxième stade du travail, une heure par exemple, si l’état de la mère et du fœtus est bon et si le travail progresse (4.5)
  12. Extraction instrumentale (4.5)
  13. Utilisation courante ou systématique de l’épisiotomie (4.7)
  14. Exploration manuelle de l’utérus après l’accouchement (5.7)

La perfusion obligatoire lors de l’accouchement : fake ou réalité ?

Lors d’un accouchement en milieu hospitalier, la perfusion fait partie des protocoles médicaux systématiques et imposés. Pourtant…

Peut-on refuser la perfusion ?

Oui, il est possible de refuser la perfusion. L’article L1111-4 du Code de la santé publique précise bien : « Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé. Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix. (…)

Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

C’est en ce sens que l’ordonnance du 25/08/2002 du tribunal administratif de Lille a fait injonction au centre hospitalier régional Hôtel-Dieu de Valenciennes de ne pas procéder à l’administration forcée de transfusion sanguine à une patiente contre son gré et à son insu. Cette décision, qui fait déjà jurisprudence, est la première depuis la promulgation de la loi Kouchner de mars 2002 sur les droits des malades stipulant l’inviolabilité du corps du patient.

Pourquoi est-il souhaitable de refuser la perfusion ?

Posée dans un but préventif d’accès veineux, cette perfusion diffuse de l’eau glucosée au départ, mais :

  • Il peut vous être donné des ocytocines (Syntocinon ®) sans votre accord (par simple protocole) et sans qu’il vous soit dit que cela augmente les douleurs des contractions utérines, portant la majorité des femmes à « demander la péridurale » ;
[Syntocynon ® : Ocytocique de synthèse qui augmente la fréquence et l’intensité des contractions utérines. Systématiquement utilisé en traitement préventif et curatif des hémorragies de la délivrance et atonie utérine du post-partum. Effets secondaires : nausées, vomissements, troubles du rythme ; Hypotension immédiate, transitoire avec tachycardie si injection intraveineuse rapide ; Exceptionnel : réactions allergiques.]
  • L’eau glucosée contenue dans la perfusion et administrée durant tout l’accouchement peut provoquer des oedèmes au niveau des seins (rétention d’eau) et entraîner pour le bébé des difficultés à prendre le sein en bouche pour téter correctement (cf. notes de bas de page : études concernant l’impact sur l’allaitement des médicaments donnés pendant le travail ; article sur l’assouplissement par contre-pression) ;
  • Elle empêche également la femme de se mouvoir à sa guise durant le travail et de s’hydrater elle-même selon ses besoins ;
  • L’infusion intraveineuse systématique pendant le travail et la pose systématique de canules intraveineuses à titre prophylactique sont classées par l’OMS parmi les pratiques qui sont à l’évidence nocives ou inefficaces et qu’il convient d’éliminer (Les soins liés à l’accouchement normal : guide pratique, OMS, 1997, Catégorie B, 6.2)

Une alternative : la « voie veineuse »

Il est dit que la perfusion est mise dans un soucis de prévention, mais elle a des effets iatrogènes indéniables. Et la peur ambiante de devoir agir dans l’urgence est telle qu’il est fort possible que l’on vous demande cependant d’avoir un « accès » à disposition, par le biais de ce qu’on appelle une « voie veineuse » : un cathéter posé dans une veine mais fermé. Cet accès est donc un moindre mal puisque rien ne sera perfusé. C’est parce que vous serez informée, et pourrez étayer juridiquement et scientifiquement votre demande, que vous serez probablement le mieux entendue. Pourtant, préparez-vous à entendre des semblants de raisons sous forme d’arguments médicaux (mais fallacieux) tels que : « C’est pour votre bébé, madame »…

L’ocytocine lors de la délivrance

« Actuellement, l’ocytocine synthétique (Syntocinon ®), une ampoule injectée en intra-veineux direct lors du dégagement de l’épaule foetale antérieure semble être la solution de choix lors de la délivrance dirigée ». L’auteur de l’article précise aussi que :

« la délivrance spontanée est bien rare dans nos pays où la médicalisation de l’accouchement aboutit à une direction de cette phase du travail ».

Mais si les femmes qui parviennent à accoucher sans hormone de synthèse sont aussi rares, c’est à cause de l’utilisation systématique de Syntocinon ® dans la majorité des maternités. Au lieu d’attendre qu’un problème survienne pour l’utiliser, il est directement mis dans la perfusion, ou ajouté pour stimuler des contractions ralenties par la péridurale, dans le but d’accélérer le travail (mais pourquoi l’accélérer ?) mais surtout d’éviter les hémorragies de la délivrance. Un non sens lorsqu’on sait que l’utilisation prolongée d’hormone de synthèse finit par avoir l’effet contraire : une hypertonie de l’utérus (tétanie) qui, se contractant moins bien va avoir du mal à involuer normalement après la délivrance. Un non sens aussi, puisque c’est la voie royale vers l’hémorragie de la délivrance comme l’explique très bien Blandine Poitel dans son article Hémorragies du post-partum après accouchement par voie basse. Ainsi, utiliser du Syntocinon ® de manière raisonnée, en cas d’hémorragie ou après la délivrance uniquement, serait suffisant.

Il serait utile de se poser la question de la nécessité de cette perfusion précoce puisqu’en cas d’urgence, il y a toujours un anesthésiste de garde qui sait trouver une veine. Mais les mythes sont tenaces et, dans le cadre de l’hypermédicalisation, la « logique » est d’avoir toujours un temps d’avance, sans que soit posée la question des effets iatrogènes de cette soi-disant prévention…

Ce produit est considéré comme tout à fait sans risque par les sages-femmes, ce surtout depuis l’avènement de la péridurale, puisque les femmes ne peuvent plus avoir conscience des contractions si douloureuses induites par les hormones de synthèse… D’où un nombre impressionnant (injustifié sans doute) de révisions utérines.

« Pour comprendre l’ensemble des effets pervers du Syntocinon ®, il faut bien saisir que l’administration de cette molécule de synthèse bloque la sécrétion spontanée. Il est donc tout aussi aberrant de perfuser avec du Syntocinon ® après la délivrance…. Arrêtez la perfusion, et les saignements risquent de reprendre, particulièrement si la mère n’allaite pas et si elle est séparée de son enfant.

Il serait intéressant de comparer la déperdition sanguine avec l’utilisation du Syntocinon ® per et post partum versus la déperdition sans drogue ! Mais où cette comparaison pourrait-elle se faire aujourd’hui ? Dans le dispensaire sénégalais où j’ai travaillé, toutes les femmes devaient acheter une ampoule de Syntocinon® avant l’admission et la boire avant la sortie.

Quand on sait la fragilité du produit à la chaleur, j’ai toujours considéré qu’il ne pouvait avoir qu’un effet placebo. L’hémorragie est à juste raison la grande trouille autour de la naissance, plutôt que de regarder en face ce qui la provoque, on se voile la face et on se donne bonne conscience à coup de drogues. Pendant la grossesse, les gynécologues ont oublié la dilution sanguine physiologique et bourrent les femmes de fer et autres « vitamines » pour qu’elles puissent « surmonter » la spoliation sanguine de l’accouchement.

J’aimerai qu’ils mesurent la part de leur responsabilité avec l’usage intensif du Syntocinon ® et de l’épisiotomie ! Au demeurant, ayant « chargé » les braves dames en fer, ils ont assez bonne conscience devant les saignements. En effet, n’ont-elles pas de la réserve grâce aux prescriptions ? Et puis, pour leur éviter toutes fatigues, on leur « prendra » le bébé pendant la nuit… »

Joëlle Terrien, sage-femme et auteur de plusieurs livres autour de la naissance, dont Passages de vie.

« Pour une comparaison significative, il serait également intéressant, outre de comparer la déperdition sanguine avec l’utilisation du Syntocinon ® per et post partum versus la déperdition sans drogue, de comparer une femme qui accouche en hôpital (à plat dos, monitoring, péridurale …) et une femme qui accouche dans les conditions physiologiques. Car une femme qui accouche en hôpital est placée dans des conditions qui favorisent la survenue d’hémorragies, auxquelles la médecine répond par le Syntocinon ®.

Il est évident que si on contrarie (par la position, le stress, la péridurale …) le processus de l’accouchement, on augmente dans le même temps les risques d’hémorragie, et c’est pour cette raison qu’on préconise l’injection de Syntocinon ® « passé la première épaule du bébé » (cf. infra) pour lutter contre les effets iatrogènes des actes posés antérieurement. Je me souviens de certaines personnes pour qui la péridurale était indispensable pour débloquer certains arrêts du travail… (ce qui est faux)

Démonstration : madame est couchée depuis des heures, a mal, se contracte. On pose la péridurale, et c’est magique ! Engagement express, et sortie du bébé dans l’heure, voire la demi-heure qui suit. Et il est dit que c’est « grâce » à la péridurale. C’est faux, la plupart du temps ! L’engagement express est surtout dû au fait que la maman, couchée des heures, s’est tout simplement assise voire levée pour « faire le dos rond » et qu’on lui pose la péridurale. C’est ce changement de position qui a provoqué l’engagement, la péridurale, elle, n’y est pour rien ….

Qu’en est-il du Syntocinon ® ? Il « ramène à la raison » des mères qui refusent la péridurale, ou provoque des souffrances foetales (c’est précisé dans le Vidal…), fait marcher les laboratoires et provoque des hémorragies dramatiques (voir le témoignage de Paul Moreira, grand reporter à Canal + dans son livre Etat de choc). Si l’accouchement bloque, faire bouger la maman, lui permettre de se lever, marcher, prendre un bain … serait bien plus efficace, doublé d’un accompagnement attentif (je sais, je sais ce n’est pas possible quand il y a cinq accouchements en cours et que cet acte médical sert à gérer tout le monde…) »

Blandine Poitel, auteur de Les 10 plus gros mensonges sur l’accouchement & Les nouveaux rites autour de l’accouchement.

« A mon avis, il reste des démonstrations erronées. En fait, l’argumentaire selon lequel la péridurale n’est pas magique mais que c’est la position qui ferait s’engager le bébé n’est qu’en partie vrai, selon moi… Je pense que la péridurale provoque aussi un changement mental chez la mère dû à l’imminence de la pose. Une femme qui la souhaite vraiment peut tout à fait bénéficier de cet apport. Il n’est pas généralisable sur la péridurale que son effet soit magique à chaque fois, mais parfois, il l’est. » Françoise Bardes, sage-femme.

Quand la perfusion est nécessaire

Souhaiter un accouchement « le moins médicalisé possible » commence par la prise de conscience de l’importance d’échapper à la pose systématique de perfusion. Il faut toutefois noter que si une péridurale est demandée par la maman ou rendue nécessaire, il ne sera pas possible de persister dans ce refus. En effet, elle fait partie du pack de prise en charge : péridurale et perfusion sont corrélées. Il ne s’agit donc pas de refuser la perfusion « en soi », mais de la refuser quand elle n’est pas nécessaire (accouchement sans péridurale). Rien n’empêche de changer d’avis ultérieurement. Il y a une différence de taille quand elle est imposée pour les besoins organisationnels du service ou si elle est acceptée pour son utilité dans le cadre d’un accompagnement médical de l’accouchement lui aussi souhaité.