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Comment 11 accouchements m’ont fait découvrir ce qu’est la naissance

Je vais vous raconter mon parcours, mon histoire, mon chemin ; mon expérience personnelle de la naissance de mes enfants. Un parcours crescendo, mes défaites, mes victoires, un tout, qui a fait que cette merveilleuse expérience soit ma vie.

Vers l’enfantement.
Témoignage de K. : une femme, mère, épouse, fille, sœur, grand-mère…

Je vais vous raconter mes intuitions de femme, mes choix, parfois pris à deux avec mon époux qui a toujours été là pour m’encourager, me soutenir, pour m’aider tout simplement et je le remercie grandement.

Parent d’une fratrie de 11 bambins, j’ai bien mis au monde 11 enfants, mais pas tout à fait de la même manière, pas dans le même état d’esprit, ni dans les mêmes conditions. C’est pour cela que je parle de parcours. Aucune naissance ne ressemble à une autre, c’est à chaque fois différent. Tout comme les grossesses sont différentes aussi.

Je pourrais qualifier les naissances par différents noms, opération pour ce qui est de la naissance par césarienne, accouchement ou enfantement. Voici une sorte de résumé de chaque naissance :

1ère Naissance

J’ai accouché de mon premier enfant dans un hôpital parisien. J’avais vingt ans, j’ai su plus tard que cet hôpital avait la réputation de faire des césariennes gratuitement c’est-à-dire sans motif valable. J’ai donc eu mon premier bébé par césarienne. Pour moi cette expérience aura été une souffrance physique, émotionnelle et sentimentale à cause de la séparation imposée avec mon bébé à peine né, l’échec de l’allaitement, car je souffrais tellement que je ne pouvais pas songer à la possibilité d’allaiter mon fils et peut-être plus encore.

Le bon côté est qu’ayant vécu la césarienne je sais de quoi je parle quand je parle de césarienne et je suis aussi la preuve vivante que l’on peut tout à fait accoucher par voie basse après ! Cela s’appelle un AVAC. Accouchement par Voie basse Après une Césarienne. Et ce, à 19 mois d’intervalle entre la césarienne et la naissance de mon second enfant.

Il faut dire qu’à cette époque je n’avais aucune connaissance, aucune information sur le sujet de l’accouchement, ni personne de mon entourage pour m’aiguiller. Pour moi l’accouchement se passait à l’hôpital sous autorité protocolaire point barre. Erreur fatale…

(Expérience césarienne)

2ème Naissance

La naissance de mon deuxième enfant, 19 mois après la césarienne, se passe toujours dans le même état d’esprit, c’est-à-dire : direction l’hôpital, point barre. Mais dans un autre hôpital.

J’ai eu la chance cette fois-ci de tomber sur des personnes qui m’ont laissée cette chance d’accoucher par voie basse. J’avais fait un AVAC sans le savoir.

J’ai accouché par voie basse sous péridurale avec une belle épisiotomie en prime, mais au moins j’avais échappé à la césarienne. Je peux dire que l’épisiotomie c’est douloureux. J’en ai bien souffert, j’ai même eu une infection, car les fils étaient trop serrés. Je ne garde pas un bon souvenir de cet accouchement, ni même du premier d’ailleurs.

(Expérience épisiotomie) (Expérience AVAC)

3ème Naissance

Pour la naissance de mon troisième enfant, j’avais peur d’avoir une autre épisiotomie. J’avais fait part de ma peur à une amie qui m’avait donné une piste que je n’ai pas hésité à mettre en action. Un ultime conseil. Le tuyau de l’année, qui en plus avait fonctionné.

Elle m’avait affirmé que si je ne faisais pas la péridurale je n’aurais pas d’épisiotomie. Pas de péri pas d’épisio ! Ah ok, ben je vais faire ça !

Je suis donc arrivée à l’hôpital déterminé à ne pas faire la péridurale. J’ai tenu le coup, j’ai résisté à la péridurale malgré la douleur et les découragements de la part du service hospitalier, car pour eux la péridurale est un moyen de vous faire taire afin de pouvoir prendre la pause-café tranquillement.
Eh oui une femme qui gémit c’est fatigant…

Bref. Résultat des courses un accouchement assez rapide, sans péridurale, sans épisiotomie. Une victoire pour moi ! Le bonheur ! Pour moi c’était une évidence la péridurale était devenue mon ennemie.

(Expérience sans péridurale)

4ème Naissance

Accouchement à l’hôpital sans péridurale, par voie basse, sans épisiotomie, mais tout de même contrainte de rester allongée sur le dos. Rien de pire pour déguster les contractions douloureuses.

5ème Naissance

La routine. J’ai passé pas mal de temps à la maison avec les contractions avant de me rendre à l’hôpital, pour pouvoir être libre de mes mouvements, car j’avais pu remarquer avec le temps que ça ne servait à rien d’arriver trop vite à la maternité : il valait mieux faire une partie du travail tranquille à la maison.

Contractions douloureuses – voiture – hôpital – bonjour madame c’est pour accoucher sans péri sans épisio merci !

6ème Naissance

Entre temps j’ai pris connaissance qu’il était possible d’accoucher à domicile avec une sage-femme libérale. Pour des questions de commodités, le concept m’a de suite séduite. C’est sans hésitation et avec le soutien de mon époux que je me suis lancée dans cette aventure, une nouvelle expérience.

J’ai pris contact avec cette sage-femme libérale, qui m’a suivie pendant ma grossesse. Et le jour de la naissance, elle m’a accompagnée. J’ai mis au monde mon 6ème enfant dans ma chambre à coucher, sur le matelas au sol, la sage-femme accroupie pour réceptionner le bébé : une expérience inoubliable, la joie, le bonheur, la fierté, la victoire !

J’ai pu me promener dans mon salon pendant mes contractions douloureuses. J’ai pu être avec mes enfants, mon mari, j’ai pu manger boire, être à l’aise. Être chez moi, dans mon foyer, fut le meilleur endroit au monde. Et le plus fort, c’est que les enfants ont pu voir leur petit frère de suite, quelques minutes après la naissance, c’était magique !

La sage-femme au top, qui fait son métier avec amour, qui est là dans un petit coin de la pièce pour ne pas trop déranger, qui par sa présence rassure… Elle m’avait d’ailleurs fait une confidence qui en dit long. Elle m’avait confiée que de toute sa carrière elle n’avait jamais fait d’épisiotomie à une patiente. C’était mon premier AAD. Accouchement À Domicile

(Expérience accouchement à domicile)

7ème Naissance

Pour la naissance de mon 7ème enfant j’étais à l’étranger, et la loi du pays interdisait l’accouchement à domicile. J’ai été contrainte de retourner à l’hôpital où je me suis battue – façon de parler – avec le corps médical pour imposer mes choix. Chose qui n’a pas était facile.

Disons que j’ai eu un accouchement assez rapide sans péridurale et sans épisiotomie, mais après avoir eu le luxe de donner naissance à la maison, pour moi l’hôpital c’était du deuxième choix, un endroit hostile, inconfortable, où l’on nous impose un protocole, une usine quoi !

(Expérience naissance à l’étranger)

8ème Naissance

Je venais d’emménager dans un nouveau pays (j’ai vécu dans plusieurs pays). Je n’ai pas eu le temps de trouver une sage-femme pour m’accompagner,  et à 7 mois de grossesse je me suis donc tournée vers une clinique privée avec une sage-femme qui a suivi la fin de ma grossesse et qui m’a fait accoucher avec son équipe.

Le jour J je suis arrivée trop tôt dans son service, car j’avais perdu les eaux à la maison, mais je n’avais pas de contraction, une fissure plus exactement. Je me suis donc précipitée (erreur fatale) et j’ai eu droit à un accélérateur de contractions. Je peux vous dire que j’ai douillé comme jamais. J’ai su plus tard que l’on pouvait attendre 2 ou 3 jours en cas de fissure de la poche des eaux à condition de ne pas faire de bain ni de toucher vaginal, car l’eau se reconstitue.

J’ai accouché sans péridurale, avec une bonne dose de syntocinon (accélérateur de contraction) sans épisiotomie. Je commence à avoir une aversion pour l’hôpital.

9ème Naissance

Pour la 9ème naissance, j’ai découvert que certaines femmes ont fait le choix d’accoucher à la maison sans assistance médicale. Ça s’appelle un ANA. Accouchement Non Assisté

Ce concept m’a beaucoup intéressée. Je me suis penchée sur le sujet. Je me suis beaucoup documentée, sur Internet j’ai lu beaucoup de témoignages. Franchement, la lecture de témoignages m’a bien motivée, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur le sujet de l’ANA et je me suis lancée. J’étais convaincue, déterminée, préparée, car cela demande une préparation psychologique, on ne décide pas ça sur un coup de tête « Tiens, je vais accoucher toute seule ». Il faut une bonne documentation et une bonne préparation.

Je me suis documentée sur l’expulsion du placenta, comment couper le cordon ombilical, etc. La documentation et la préparation sont les clés pour réussir : que ce soit pour un accouchement en milieu hospitalier, un AAD ou un ANA. Il faut avoir aussi une certaine confiance en soi, avoir du soutien aussi c’est très important (de la part de l’entourage ou de personnes de confiance).

Plus vous vous documentez et plus vous gagnez en conviction et en confiance en soi. L’information est primordiale.

Pour mon 9ème enfant, j’ai donné naissance chez moi dans ma salle de bain à quatre pattes
sans assistance médicale, en compagnie de mon mari que j’avais briefé sur le sujet de la naissance naturelle, la naissance dite physiologique.

Car effectivement quand personne n’intervient dans le processus de l’accouchement on parle d’accouchement physiologique. Mon premier accouchement physiologique fut un moment intense
avec des peurs, des doutes jusqu’à la fin. Ce fut la concrétisation d’un choix, une liberté, un événement, un moment de bonheur de joie et de réussite et de fierté encore une fois, une confirmation, une indépendance, une expérience inoubliable gravée à jamais.

(Expérience accouchement non-assisté)

10ème Naissance

Cette fois je sais où je vais, j’ai l’expérience, un peu de documentation avant l’arrivée du jour J pour me remettre dans le bain. J’ai juste à choisir dans quelle pièce je vais donner naissance. Je prépare ma bulle, je pose un petit matelas au sol par-dessus un plastique pour ne pas tacher le matelas.

J’ai ma petite bassine pour le placenta, je passe mes contractions douloureuses dans les positions qui me soulage le plus. Je patiente, je prends les contractions comme des vagues qui viennent et qui s’en vont.

Ça fait mal, j’ai envie de pleurer, oui même si je n’en ai pas trop parlé précédemment, les contractions sont douloureuses et parfois donnent envie de pleurer ou de dire des mauvaises paroles.

Il y a aussi la phase de désespérance, un bon signe ! Cela veut dire que l’expulsion est proche, la phase de désespérance c’est quand on n’en peut plus et qu’on commence à perdre pieds, à crier ou à dire n’importe quoi, ou quand on ne peut plus dire un mot. Eh oui la douleur est là, mais il faut l’accepter, et l’endurer, car elle nous rapproche de la fin, elle nous rapproche de notre cadeau : notre bébé.

J’ai donné naissance de mon 10ème enfant à la maison, dans la pièce que j’avais choisie, tout près du reste de ma famille, en toute tranquillité et sérénité, encore une fois à quatre pattes en compagnie de mon époux qui a réceptionné le bébé. J’ai cependant ressenti une différence par rapport à mon précédent accouchement : l’expulsion a été plus douloureuse, la poche des eaux a tardé a éclaté, du coup j’étais sèche quand la tête du bébé a commencé à sortir.

(Expérience accouchement physiologique)

11ème Naissance

La naissance de mon 11ème enfant s’est passée une fois de plus différemment. Cette fois-ci je languissais, j’avais trop hâte de donner naissance. Sans peur, confiante, prête plus que jamais, j’avais envie de profiter de ces instants, d’écouter mon corps !

Oui mon corps allait me parler, m’indiquer les étapes, j’avais envie de l’entendre. J’avais aussi envie d’être seule. En principe j’ai envie d’être seule pour passer les contractions douloureuses, je demande toujours à mon époux de partir et de me laisser, et je l’appelle juste au moment où
je sens que j’arrive à l’expulsion quand le corps commence à pousser et que je sors des sons graves.

J’ai besoin d’être dans ma bulle, et puis je n’ai pas envie qu’il voit mes grimaces et mes positions plus que douteuses, car pour soulager il faut innover, inventer des positions qui calment. Cette fois j’avais envie d’être seule jusqu’au bout, jusqu’à la fin, jusqu’à l’arrivée du bébé.

J’ai accepté les contractions douloureuses. Je savais que j’en avais besoin pour avancer. J’étais à l’écoute de mon corps, j’étais dans ma bulle, j’y prenais presque du plaisir. Tout est arrivé vite, d’ailleurs, car en faisant un passage aux toilettes je n’ai pas eu le temps d’en sortir, j’étais debout, je sentais la tête qui descendait.

J’ai attrapé un vêtement, je me suis positionnée, je savais exactement ce que je faisais, mes gestes étaient sensés, je contrôlais la situation. J’ai ressenti le moment de la poussée (poussée involontaire), la tête est sortie, j’ai posé ma main sur la tête de mon bébé et j’ai attendu que le reste du corps sorte tout seul, hop il a glissé, je l’ai réceptionné avec le vêtement pour qu’il ne me glisse pas entre les mains (le bébé est très glissant à sa sortie).

J’avais mon bébé dans les bras. La joie, le bonheur, la réussite, la puissance d’être une femme, la fierté, le pouvoir de donner naissance, la force, un moment exceptionnel

(Expérience naissance sans assistance)

Voilà mon chemin vers l’enfantement. Enfin je peux dire que j’aime donner naissance. J’aime enfanter !

K.

Emmeline a failli accoucher dans le couloir

Voici le petit récit de la naissance de notre surprise, notre alternative à l’accouchement à domicile (vu qu’il n’y a pas de sage-femme dans le coin et que j’ai un mari légèrement flippé ;-))

Vendredi : vers 23 heures j’ai des petites contractions toutes les 10-15 minutes. Vu la hauteur de *kinder* dans mon bidou (qui pense que la sortie c’est par la bouche) je me dis que c’est juste mon col qui travaille tout doucement.

La grande, fiévreuse depuis la sieste, m’appelle (!) Sitôt arrivée dans sa chambre, voilà qu’elle vomit partout ! Branle bas de combat, changement des draps et Cie entre deux contractions qui se rapprochent un peu, mais toujours sans trop d’intensité.

Je demande à une amie de conserver son téléphone allumé par précaution, et zou, je m’attèle à préparer les valises pour la maternité (pas du tout en retard la fille). Tandis que mon mari s’occupe de la grande, je m’active entre deux contractions.

1 heure du matin, nous arrivons enfin à rendormir notre grande et je lui dis d’aller dormir, que je vais prendre 2 Spasfon et un bain pour voir ce que ça donne… Le bain me fait du bien mais les contractions persistent. Au bout d’une heure, je sors du bain car je suis vraiment douloureuse et rester dans ma bulle est compliqué.

2h15 je réveille mon mari et lui dis d’appeler mon amie pour qu’elle vienne gérer la grande et qu’on doit filer car c’est trop douloureux ! Il s’en est rendu compte vu mes bruits (sons graves)… Il panique légèrement (ironie ahahah). Je prends donc les choses en main après m’être vidée aux wc. Et zou j’appelle mon amie, je dis à l’homme ce qu’il faut prendre, et je file m’habiller.

Les contractions sont très rapprochées et douloureuses. On attend notre amie dehors. Mon mari me dit « Allez monte on y va »… « Mais bien sûr, monsieur le gendarme, je vais laisser ma fille seule ! »

2h40 mon amie est là ! Consignes données rapidement et zou je monte dans la voiture !

2h45 nous arrivons aux urgences. Faire 20 mètres devient impossible J’essaie à chaque contraction de me remettre dans ma bulle, sauf qu’elles ne me laissent pas de répit ! Mon mari partira devant pour faire les papiers. J’arrive. Je vois mon mari tremblant en train de tendre des feuilles. Ça me fait sourire car je souffre le martyre physiquement et lui dans sa tête c’est pire je crois !

Deux urgentistes arrivent avec un fauteuil mais impossible pour moi de m’asseoir, de me poser ou quoi… ça pousse ! Ils m’ouvrent la double porte et on file à l’aventure avec mon mari…

Les secondes passent le couloir est immense… je m’arrête et tire sur mon pantalon en criant à mon mari (toujours en panique totale) que ça pousse, que je ne peux plus avancer. Il lâche toutes les affaires en plein milieu du couloir et tente de trouver la maternité.

J’attends et tire sur mon pantalon et ma culotte pour laisser sortir *kinder*. Deux sages-femmes arrivent en courant. Elles empruntent un lit au hasard dans le couloir et j’y monte un peu à l’envers, cul à l’air. Elles tentent de me cacher avec un coussin et courent à travers ce long couloir pour qu’on arrive dans la salle d’accouchement. Elles veulent me transférer sur la table mais impossible pour moi de bouger ! *kinder* pousse.

Elle me dit d’y aller, alors, et de laisser faire. Une longue poussée et plouf, la poche se perce, la tête passe, une petite poussée et je sens tout son petit corps passer ! Quelle sensation !

2h58 notre petite Élie se blotissait contre nous avec tout l’amour du monde ! Réconciliée avec cette maternité qui avait médicalisé +++ la grossesse et l’accouchement de ma première, j’ai pu vivre un moment unique avec des sages-femmes bienveillantes et vraiment attentives à mon bien être.

Peau à peau, pas d’urgence pour les soins, cordon coupé tardivement, placenta sorti seul… Un pur bonheur, vraiment ! J’aurais vraiment souhaité mener un aad, mais qui sait, peut-être dans une autre vie j’aurais cette chance, ou bien mes filles l’auront.

Epilogue :

Quand j’ai dit à Emmeline : « Vraiment bravo ! # ne pas partir trop tôt à la maternité dans toute sa splendeur ! ;-)) Magnifique ! Merci de ce partage ». Elle a ajouté :

Merci ! En effet, dans ma tête c’était partir au dernier moment. Je me demandais quand j’allais le savoir, eh bien en fait c’est instinctif ! À y repenser je me dis que j’ai vraiment laissé mon corps en mode pilotage automatique. Exit le cerveau, exit les ressentis, bonjour la confiance et le mode animal ! Et quel bonheur de ne pas chercher à se contrôler ! Vraiment je ne me pensais pas capable de ce qui s’apparentait pour moi à un miracle, alors que c’est juste la nature, la vie, l’essence même de la femme !

Fendre la vague malgré la tempête

Peu de temps après un live sur la page Facebook, j’ai reçu un message privé disant : « Accouchement sans péri : done ». Je réponds donc : « Magnifique ! Toi qui écrivais en commentaire que tu craignais de ne pas lâcher prise … Alors ? » J’apprends que ces futurs parents ont regardé mon dernier live « en amoureux » et cette réponse me scotche soudain : « J’ai fait comme tu as dit : j’ai tout lâché, j’ai fendu la vague ! »

Je n’avais pas l’impression d’avoir dit des choses extraordinaires mais en effet, dans la fougue de mon propos, j’avais souligné combien il est important de ne pas avoir peur d’être dans son bateau, ajuster sa voile, tenir la barre fermement et fendre la vague malgré la tempête. Alors cette personne m’a offert son témoignage. Interview en cinq questions, c’est parti !

I am the captain of my ship and the master of my fate (Ivan Joseph) / Je suis le capitaine de mon navire et le maître de mon destin (Ivan Joseph)

Je m’appelle Tiphaine, je suis de Rennes, j’ai 38 ans et déjà un fils de 19 ans. J’ai accouché le 11 mai 2017 d’un joli garçon de 3,5kg à l’hôpital Sud, maternité de niveau 3 réputée pour son respect de la physiologie lors des accouchements. Elle est notamment dotée d’une salle nature, et de l’accompagnement qui va avec, pour les mamans qui veulent tenter l’aventure sans péri, ce qui a été mon cas.

Sophie : Comment as-tu découvert ma page Facebook ? 

Avant de découvrir la page Facebook de la Lettre périnatalité, j’avais trouvé le blog, en faisant des recherches sur les accouchements à domicile, car c’était au départ sur ce projet que j’étais partie. Finalement, cela s’est transformé en un accouchement naturel en milieu hospitalier, car il n’y avait pas de sage-femme pour l’accouchement à domicile chez moi, et je ne le regrette pas du tout.

Sophie : Quelle était ton idée de l’accouchement ? 

Mon idée de l’accouchement, bien qu’en ayant déjà vécu un, était pleine de fantasmes. Mon premier accouchement, en 98 s’est déroulé classiquement, avec grosse péri (pas de pompe à cette époque, c’était la grosse dose direct, qui nous anesthésiait six heures), et assorti d’un mauvais accompagnement, de quelques humiliations aussi, je pense que le personnel s’est permis cela parce qu’à l’époque j’avais 19 ans.

Pour cette deuxième grossesse donc, j’ai chassé tout bonnement l’idée de la péridurale de mon esprit, elle n’existait simplement pas. J’avais pourtant bien peur d’avoir trop mal, de ne pas réussir, de me déchirer (ce qui n’est jamais arrivé ni la première ni la deuxième fois), de crier. Bref j’étais pleine de peurs assez floues, je ne dirais pas irraisonnées, car je redoutais des choses qui arrivent parfois.

Sophie : Est-ce que cette expérience d’accoucher sans péridurale t’a plu et qu’as-tu découvert ? As-tu bénéficié d’un accompagnement particulier ?

L’accouchement en lui-même a été parfait. J’avais avec moi une auxiliaire, une sage-femme et une sage-femme stagiaire. Le plus dur à mon avis à supporter ça a été les moments monitorés, car on ne peut pas trop bouger sans qu’un capteur ne capte plus et du coup on ne peut pas se mettre dans une position qui nous convient. Je tenais le capteur ‘bébé’ d’une main pendant les contractions. J’ai appliqué les respirations profondes abdominales apprises au yoga prénatal (inspir par le nez expir long par la bouche, et cela a très bien fonctionné, il ne faut pas paniquer et tout roule). Les phases les plus agréables ont été celles dans la baignoire. L’eau chaude a des vertus réellement insoupçonnées. J’ai été très agréablement surprise de constater que non seulement mes contractions étaient moins fortes mais aussi moins nombreuses. Si vous pouvez bénéficier de la baignoire usez et abusez-en !

La phase ‘dure’ de l’affaire a débuté justement dans la baignoire où je m’étais assoupie (pour dire que c’était vraiment très cool), quand la poche des eaux s’est rompue. Là je me suis dit que l’épreuve allait commencer. En quelques minutes les contractions sont devenues super fortes. Je suis passée en une trentaine de minutes d’un petit cinq centimètres à dilatation complète, et l’équipe s’est vêtue de masques, tabliers, a ouvert les champs stériles, mon conjoint s’est installé à côté de moi sur le lit : le show allait commencer !

Très vite j’ai eu assez mal voire très mal. C’est une douleur étrange, aigüe et sourde en même temps. La pression au niveau du périnée et du rectum est impressionnante. Je crois que c’est ce qui m’a le plus déstabilisée. Je n’avais pas pensé que cette partie de mon anatomie allait être aussi sollicitée si vite, alors que le bébé commençait tout juste à descendre. J’étais sur le lit, à quatre pattes, les genoux très écartés, avec les filles derrière moi.

J’avais peur de crier, mais j’ai dû m’y résoudre, cela est devenu LE moyen de gérer.

On parle beaucoup dans les témoignages d’accouchement de la fameuse bulle dans laquelle on s’enferme quand le travail s’accélère et qu’approche la phase d’expulsion. Je n’ai pas eu cet effet bulle non-stop. Il a fallu que je maîtrise la contraction à chaque fois qu’elle s’annonçait. J’étais déstabilisée depuis la rupture de la poche et je n’étais plus dans le rythme inspir expir qui jusque-là m’avait soutenue. J’avais peur de crier, mais j’ai dû m’y résoudre, cela est devenu LE moyen de gérer. Je prenais le début de chaque contraction – aigüe juste au-dessus du pubis – de plein fouet. Je criais aigu et cela ne faisait que renforcer la douleur.

Assez naturellement, j’ai pris de grandes inspirations, rentré le menton contre la poitrine et crié très profondément, très longuement des oooooh, en me redressant sur les bras, déroulant le dos et le creusant pour mobiliser le bassin, comme un mouvement de vague. J’ai fait ça 40 minutes. La bulle se formait pendant les phases de hurlement sourd et j’en ressortais à chaque fin de contraction, demandant à mon mari eau, brumi, homéo ! Un vrai marathon !

Je parlais aussi avec les filles. L’une d’elle me faisait un massage à l’endroit que je lui avais indiqué et en était très contente. À la contraction suivante, je prévenais tout le monde : « Attention c’est reparti ! » Les filles alors m’encourageaient beaucoup : « Allez y c’est bien, c’est fort ce que vous faites, c’est génial, vous vous en sortez très bien ! » Puis tout le monde se taisait car je couvrais leurs voix… Si je perdais pied, je disais que je voulais la péri, que je n’y arriverai pas. La sage-femme me disait : « Moi, je pense que vous pouvez y arriver sans problème ». J’ai pensé : « Elle a raison, comment me poser une péri avec de telles contractions, je serai incapable d’arrondir le dos… » J’ai pensé aussi qu’elle voyait ce qui se passait, et pas moi, du coup je me suis dit allons-y gaiement sans ! Il va falloir tenir !

Je redoutais le moment de l’expulsion, j’ai mis trois contractions à me décider. La sage-femme, sans me presser, me disait que là, il allait falloir y aller ! J’ai poussé doucement, sans crier cette fois, car je voulais vraiment maîtriser le truc (la hantise de la déchirure !), en expirant longtemps. Ca a bien marché, bébé est sorti impeccable. Ca brûle un peu mais rien d’insoutenable par rapport à la pression sur le rectum.

Je ne me suis pas déchirée, j’ai déployé toute la puissance animale de mes cris rauques pour faire naître mon bébé, ce qui m’a valu l’admiration de mon mari, et les félicitations et remerciements de l’équipe qui, je crois, n’a pas beaucoup d’occasions de faire ce genre d’accouchement. Vingt minutes après, j’étais debout, je refaisais les sacs pour monter en chambre (on s’était un peu étalés). C’est là un des nombreux bénéfices du sans péri : on se remet très vite.

Cet « autre chose », qu’il faut accompagner, comme si ça nous prenait par la main … Si on refuse, on a mal !

J’ai donc découvert que j’avais un corps résistant, puissant, et que le mental laisse la place, même pour quelques minutes (90 secondes maxi en vrai, le temps des ‘grosses contractions’ de la fin) à autre chose, qu’il faut accompagner, comme si ça nous prenait par la main. Si on refuse, on a mal et on croit qu’on ne va pas y arriver (à ces moments, on veut la péri, on veut sa mère, on va mourir, bref, on se plaint beaucoup !). Je suis vraiment enchantée de ce moment, et je peux témoigner que quand le bébé est né, on n’a plus mal nulle part (enfin, à part quelques courbatures dans les épaules et les bras pour moi).

(Quelques jours après la naissance, je me prends à penser que cet accouchement sans péri créé des liens encore plus forts avec le bébé. On se sent vraiment très connecté à ce petit être, j’ai l’impression bien plus qu’avec une accouchement classique… A vérifier !)

Sophie : Comment ton conjoint a vécu cet événement et qu’aimerait-il dire à de futurs pères ?

Quel moment magique et puissant ! J’ai essayé de me mettre autant que possible à la disposition de ma femme en tant que ravitailleur en eau et en brumisateur ainsi qu’en fournisseur d’homéopathie dès que nécessaire. J’ai tenté d’encourager et de soutenir mon épouse tout en étant en adéquation avec les conseils de l’équipe de la maternité, laquelle a largement contribué au bon déroulement de la naissance en respectant le projet de naissance. Ma louve d’épouse a courageusement accouché de notre petit louveteau ! Une expérience magnifique et exceptionnelle !